Gargantua de François Rabelais

Titre : Gargantua
Auteur : François Rabelais
Édition et Parution : Pocket (Classiques), 2009
Nombre de pages : 485

Quatrième de couverture : Le géant Gargantua naît par l’oreille gauche de sa mère après onze mois de gestation… On le voit, dans Gargantua, il ne faut rien prendre au sérieux, ni les aventures du géant débonnaire, ni les rencontres qu’il fait, occasion d’une réjouissante galerie de portraits : Grandgousier et Gargamelle, ses parents, grands amateurs de tripes ; Thubal Holoferne, son premier précepteur, qui lui apprend à réciter l’alphabet à l’envers ; maître Janotus de Bragmardo, doyen de la très sérieuse Faculté, délirant en latin, ou encore Frère Jean, plus prompt à se battre qu’à suivre la messe.

 

Extrait choisi :

CHAPITRE VI : COMMENTGARGANTUANASQUITEN FACON BIENESTRANGE

« Eulx tenens ces menuz propos de beuverie, Gargamelle commença se porter mal du bas, dont Grandgousier se leva dessus l’herbe et la reconfortoit honestement, pensant que ce feut mal d’enfant, et luy disant qu’elle s’estoit là  herbée soubz la Saulsaye et qu’en brief elle feroit piedz neufz : par ce luy convenoit prendre couraige nouveau au nouvel advenement de son poupon, et, encores que la douleur luy feust quelque peu en fascherie, toutesfoys que ycelle seroit briefve, et la joye qui toust succederoit luy tolliroit tout cest ennuy, en sorte que seulement ne luy en resteroit la soubvenance.
« Couraige de brebis (disoyt il) depeschez vous de cestuy cy, et bien toust en faisons un aultre.
-Ha! (dist elle) tant vous parlez à  votre aize, vous aultres hommes! Bien, de par Dieu, je me parforceray, puisqu’il vous plaist. Mais pleust à  Dieu que vous l’eussiez coupé!
-Quoy? dist Grandgousier.
-Ha! (dist elle) que vous estes bon homme! Vous l’entendez bien.
-Mon membre? (dist il). Sang de les cabres! Si bon vous semble, faictes apporter un cousteau.
-Ha! (dist elle) jà  Dieu ne plaise ! Dieu me le pardoient ! je ne le dis de bon cueur, et pour ma parolle n’en faictes ne plus ne moins. Mais je auray prou d’affaires aujourd’huy, si Dieu ne me ayde, et tout par vostre membre, que vous feussiez bien ayse.
-Couraige, couraige! (dist il). Ne vous souciez au reste et laissez faire au quatre bÅ“ufz de devant. Je m’en voys boyre encores quelque veguade. Si ce pendent vous survenoit quelque mal, je me tiendray près: huschant en paulme, je me rendray à  vous.
Peu de temps après, elle commença à  souspirer, lamenter et crier. Soubdain vindrent à  tas saiges femmes de tous coustez, et, la tastant par le bas, trouverent quelques pellauderies assez de maulvais goust, et pensoient que ce feust l’enfant; mais c’estoit le fondement qui luy escappoit, à  la mollification du droict intestine – lequel vous appellez le boyau cullier – par trop avoir mangé des tripes, comme avons declairé cy dessus.
Dont une horde vieille de la compaignie, laquelle avoit reputation d’estre grande medicine et là  estoit venue de Brizepaille d’auprès Sainct Genou devant soixante ans, luy feist un restrinctif si horrible que tous ses larrys tant feurent oppilez et reserrez que à  grande poine, avecques les dentz, vous les eussiez eslargiz, qui est chose bien horrible à  penser: mesmement que le diable, à  la messe de sainct Martin escripvant le quaquet de deux Gualoises, à  belles dentz alongea son parchemin.
Par cest inconvenient feurent au dessus relaschez les cotyledons de la matrice, par lesquelz sursaulta l’enfant, et entra en la vene creuse, et, gravant par le diaphragme jusques au dessus des espaules (où ladicte vene se part en deux), print son chemin à  gauche, et sortit par l’aureille senestre.
Soubdain qu’il fut né, ne cria comme les aultres enfans:  » Mies! mies! « , mais à  haulte voix s’ escrioit:  » A boire! à  boire! à  boire! « , comme invitant tout le monde à  boire, si bien qu’il fut ouy de tout le pays de Beusse et de Bibaroys.
Je me doubte que ne croyez asseurement ceste estrange nativité. Si ne le croyez, je ne m’en soucie, mais un homme de bien, un homme de bon sens, croit tousjours ce qu’on luy dict et qu’il trouve par escript. Est ce contre nostre loy, notre foy, contre raison, contre la Saincte Escripture? De ma part, je ne trouve rien escript es Bibles sainctes qui soit contre cela. Mais, si le vouloir de Dieu tel eust esté, diriez vous qu’il ne l’eust peu faire? Ha, pour grace, ne emburelucocquez jamais vous espritz de ces vaines pensées, car je vous diz que à  Dieu rien n’est impossible, et, s’il vouloit, les femmes auroient doresnavant ainsi leurs enfans par l’aureille.
Bacchus ne fut il engendré par la cuisse de Jupiter?
Rocquetaillade nasquit il pas du talon de sa mère?
Crocquemouche de la pantofle de sa nourrice?
Minerve nasquit elle pas du cerveau par l’aureille de Jupiter?
Adonis par l’escorce d’un arbre de mirrhe?
Castor et Polux de la cocque d’un oeuf, pont et esclous par Leda?
Mais vous seriez bien dadvantaige esbahys et estonnez si je vous expousoys presentement tout le chapitre de Pline auquel parle des enfantemens estranges et contre nature; et toutesfoys je ne suis poinct menteur tant asseuré comme il a esté. Lisez le septiesme de sa Naturelle Histoire, capi. iij, et ne m’en tabustez plus l’entendement. »


Résumé :

Ce résumé à  été rédigé par mes soins, veuillez ne pas utiliser ce texte sans ma permission, merci.

Grandgousier, descendant d’une lignée de géants, est un fier luron qui épouse Gargamelle la fille du roi des papillons. De leur union, naîtra un enfant dans de très étranges conditions. Après 11 mois de gestation, il vient au monde par l’oreille gauche de sa mère ! Sitôt né, l’enfant réclame à boire si fort qu’on l’entend dans tout le pays. A ces cris, Grandgousier, s’exclama « Que grand (gosier) tu as » ! Ce qui vaudra à  l’enfant d’être appelé Gargantua.

A 1 an et 10 mois Gargantua fut habillé dans ses couleurs (le blanc et le bleu) ce qui ne se fut pas sans difficultés vu la taille qu’il mesurait dès lors : il est géant lui aussi ! Entre trois et cinq ans, Gargantua est élevé assez librement par maître Jacobin. Il est ensuite éduqué dans toutes les disciplines possibles délivrées par des pédagogues « traditionnels ». Pourtant l’enfant semble toujours rester aussi sot.

Il se rend alors à Paris pour recevoir l’enseignement de Ponocrates. En chemin, l’énorme jument qu’il monte, chasse les taons de sa queue avec une telle puissance, qu’elle détruit toute la forêt de Beauce. Arrivé à  Paris, Gargantua s’amuse à dérober les cloches de Notre Dame pour les accrocher au cou de sa jument. Mais peu après il rend les cloches aux citoyens qui par reconnaissance, se proposent d’entretenir sa jument le plus longtemps possible, ce qui ravit Gargantua.

Après cela et comme le veut Ponocrates, Gargantua se livre à l’étude sérieuse! Il découvre les principes humanistes qui tendent à réaliser l’homme parfait dans tous les domaines.

Peu après, le royaume de Grandgousier est envahi par Picrochole. Grandgousier ne parvenant pas à ramener Picrochole à la raison, appelle son fils Gargantua à la rescousse. Ce dernier prend la tête des combats. Il est aidé par Frère Jean des Entommeures, dont le courage est exemplaire.

Après de nombreux combats, Grandgousier est victorieux et Picrochole doit s’enfuir. Gargantua fait un discours de morale politique, il ne veut pas accabler plus ses ennemis. Il récompense ses alliés en leur offrant des chàteaux sur l’ancien territoire du roi Picrochole. Il offre à Frère Jean une abbaye construite selon ses voeux : L’abbaye de Thélème dont la devise est « Fay ce que voudras », un adage prônant le libre arbitre entre le vice et la vertu. La victoire y est célébrée.

 

Mon avis :

Au départ, ce qui m’a le plus effrayée ce sont les tournures de phrases et la langue qui n’est plus d’usage. Mais globalement, ce livre m’a bien fait rire. Rabelais nous emmène dans un monde totalement surréaliste qui nous oblige à poser sur son roman un regard innocent, a le juger sans aucun apriori. En gardant cette âme d’enfant, il nous est donc possible de rejoindre son monde et d’y croire.

On sait que François Rabelais était médecin, et pourtant il n’hésite pas une seconde à se servir de l’absurde pour faire rire son public. Toute femme sait comment nait son enfant (les hommes aussi !). Impossible cette naissance ? Mais si ! Puisque cet enfant n’est pas un enfant ordinaire ; c’est un géant ! (donc tout est possible dans un monde merveilleux). Mais malgré tout, Rabelais nous rattache à la vérité scientifique en nous parlant de diaphragme, de veine cave, etc !

A peine né, Gargantua braille, pas n’importe quoi, mais « a boire, a boire, a boire » ! (Eh oui il parle déjà  !). Vous voulez en douter ? Non, rien ne s’y oppose dans la bible et si c’est la volonté de dieu, cela est possible ! Je ne sais pas si l’homme parfait existera un jour, mais pouvoir tendre à cela en gardant un esprit critique, la modération en toute chose, la tolérance vis-à-vis des autres et le concept antique « un esprit sain dans un corps sain » est toujours d’actualité.

Note : 7/10 (Excellente lecture, n’hésitez pas !)

7 - Excellente lecture, n'hésitez pas !

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