Max de Sarah Cohen-Scali

 

Titre : Max
Auteur : Sarah Cohen-Scali
Edition et Parution : Gallimard (Pôle fiction), 2015
Nombre de pages : 475

Quatrième de couverture : « 19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d’aimer. Heil Hitler ! »Max est le prototype parfait du programme « Lebensborn » initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l’Allemagne puis l’Europe occupée par le Reich.

 

« Pour certains, ce n’est pas une première ; dans la ville dont ils sont originaires, ils ont déjà assisté à un autodafé. D’autres, comme moi, sont novices en la matière. Les activités physiques de l’après-midi sont remplacées par le déchargement des camions apportant les livres qui seront brûlés. Ils viennent d’un peu partout, bibliothèques, particuliers, d’Allemagne ou des pays occupés. Nous formons une chaîne pour acheminer les cartons depuis les camions jusqu’au milieu de la cour. Ça pèse ! Nos muscles travaillent ! Nous sommes torse nu malgré la température négative, mais l’effort nous fait vite oublier le froid glacial. L’atmosphère est détendue, nous avons le droit de parler entre nous, de plaisanter.
— Saletés de bouquins pondus par la vermine juive !
— Bertolt Brecht, Sigmund Freud, Heinrich Mann, Karl Marx, Stefan Zweig ! Que des noms bien allemands, bien de chez nous ! Et pourtant !
— Le Führer a raison, le parasite juif sait se dissimuler sous un voile !
Pour agrémenter cet après-midi festif, une fois le déchargement terminé, on nous distribue du thé et une tranche de pain, alors qu’en temps normal l’effort des activités physiques n’est jamais récompensé par un goûter. Après la pause, nous prenons les cartons à bras le corps et nous les vidons, déversant sans ménagement leur contenu au milieu de la cour, comme s’il s’agissait de détritus. Ce sont des détritus, des déchets. Bien pour ça qu’il faut les brûler ! C’est marrant de voir les livres s’abîmer en tombant. C’est marrant de sauter dans le gros tas qu’ils forment pour les piétiner, casser les tranches, arracher les couvertures, déchirer les pages, les rouler en boules dont nous nous bombardons en criant, comme on ferait une bataille de boules de neige. Il y en a même qui, accroupis, font le geste de se torcher le cul avec les feuillets. « C’que c’est doux ! Une vraie caresse ! » Leur pantomime déclenche l’hilarité générale. C’est un après-midi très agréable, la joie et la bonne humeur règnent. »

La première fois que j’ai croisé ce roman sur la toile, (sur Facebook et Instagram entre autres), j’ai été très intriguée par sa couverture, qui il faut bien l’avouer, est plutôt tape-à-l’œil. D’une dominante rouge vif représentant en son centre un fœtus noir muni d’un brassard nazi…

Il va de soi que la première question que je me suis posée en regardant cette couverture particulière, est : mais qui est donc cet enfant en devenir et quelle est son histoire ? Un si petit être exhibant de la sorte l’insigne des nazis, voilà qui ébranle quelque peu les esprits quand on sait les horreurs qui ont été perpétrées sous son influence…

Ce roman est la deuxième lecture que j’ai faite dans le cadre du dernier Challenge Weekend à 1000. Et autant vous le dire tout de suite, « Max » de Sarah Cohen-Scali est une lecture inoubliable, de celle qui ne laisse pas de marbre tant ce qui est dépeint dans ce roman est dur et prenant…

Tout commence dans un lebensborn dont le programme effroyable a été conçu par Heinrich Himmler pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette « usine » d’enfants a pour seul et unique but de repeupler l’Europe occupée par les nazis et remplacer progressivement toute la population dont les critères physiques ne correspondent pas à ceux de la « pure race nordique ».

Adolf Hitler voulait dominer le monde grâce à ses parfaits petits Aryens, blonds comme les blés et au regard bleu comme l’océan. Des êtres parfaits et dignes de diriger un jour la future Allemagne qu’il aurait instaurés s’il avait remporté la guerre.

Dans ce roman, l’auteure Sarah Cohen-Scali nous relate à la première personne du singulier et de manière romancée, l’histoire du tout premier enfant issu d’un Lebensborn. En effet, Max est le fruit d’une union programmée entre une jeune femme aryenne et un soldat SS.

L’histoire du petit Max/Konrad est déstabilisante parce que dès les premières pages du roman, il nous parle comme s’il était adulte. Il nous fait vivre son ressenti et toutes ses émotions, en ajoutant à cela qu’il prône déjà les idéologies nazies. Ce qui est vraiment déroutant pour un bébé qui n’est même pas encore sorti du ventre de sa mère…

Max/Konrad verra le jour le 20 avril, jour de l’anniversaire d’Adolf Hitler, ce qui le comblera d’une joie féroce puisqu’il sera baptisé par le führer en personne ! Au fur et à mesure que cet enfant va grandir, il servira dès son plus jeune âge le régime nazi. Éduqué avec les principes de la jeunesse hitlérienne.

Dès son plus jeune âge, il apportera sa contribution envers son peuple puisque les Allemands vont se servir de lui afin d’appâter des enfants des pays occupés (blonds aux yeux bleus, bien entendu) enlevés sauvagement à leurs parents et destinés à être eux aussi endoctrinés dans une école ou ils seront germanisés…

C’est un monstre attachant au visage d’ange qui n’a de mère que l’Allemagne et de père le Führer (c’est lui-même qui le dit). Un petit garçon tellement fier d’être un rouage du système, dont il admire les codes et leurs bien-fondés.

Ses propos m’ont souvent titillée et dérangée… Peu à peu, j’en suis venue à le trouver horrible, mais à chaque fois je me suis refrénée en me rappelant qu’il n’est qu’un enfant et que ce n’est pas lui le responsable de toutes ces abominations.

C’est la toute première fois que je rencontre un récit qui traite de ce sujet sensible, en se mettant dans la peau des nazis, et, plus particulièrement dans celle d’un enfant qui est « programmé » pour devenir un membre éminent du régime. On n’est pas dans la peau de la victime, mais dans celle du bourreau. Une touche d’originalité non négligeable, mais qui pourrait en choquer plus d’un.

J’ai lu et vu énormément de choses sur cette période très sombre de l’histoire, mais celui-ci à quelque chose en plus. Même si l’histoire de ce petit garçon est inventée de toute pièce, la manière dont les choses sont expliquées est très juste et on ne peut renier le fait que l’auteure s’est renseignée sur le sujet de manière pointilleuse. Je salue son travail de recherche !

Même s’il est destiné pour la jeunesse, je ne pense pas que ce roman doit être lu avant 15 ans (selon la maturité de l’enfant). Ou alors, cette lecture doit être accompagnée par un point de vue adulte. Max est un roman original qui ne vous laissera pas de marbre ! Je vous le conseille absolument !

 

10/10 (Une lecture coup de cœur, un must !)

4 commentaires à Max de Sarah Cohen-Scali

  • David  dit:

    En effet, ce doit être une lecture impactante. Surprenant de voir qu’elle ait pu le sortir sans faire de polémiques d’ailleurs, au vu de celles que peuvent déclencher certaines personnes sans le vouloir avec une simple phrase parfois…

    • Tristhenya  dit:

      Terriblement impactante ! A de nombreux moments, en le lisant, je me suis demandée également comment ce livre n’avait pas déclenché plus de polémiques que ça. De plus, il y a des passages vraiment très dur à lire et, du coup, je ne suis pas du tout d’accord avec le fait qu’il soit considéré comme une lecture jeunesse… Hormis le fait qu’il mette en scène des enfants, il contient des choses pas facilement abordables avant un certain âge.

  • lilithbliss  dit:

    J’aime beaucoup découvrir des ouvrages qui parlent de la Seconde Guerre mondiale, et ce roman est très original, je pense que je le lirai. Merci pour la découverte ! Je vais me le noter de suite.

    • Tristhenya  dit:

      Franchement, je te le conseille 😉 C’est une lecture très particulière et inoubliable ! Je suis ravie de t’avoir fait découvrir ce roman et j’espère de tout cœur qu’il te plaira ! ^^

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